Il y a des combats qu’on croit gagner dès qu’on les engage. Celui de la transparence sur les fonds spéciaux n’en fait pas partie. Depuis plusieurs semaines, il oppose, sans bruit de fusil mais avec la même intensité, l’Assemblée nationale à l’Exécutif. D’un côté, une majorité parlementaire qui veut mettre de l’ordre dans l’un des derniers coins d’ombre de la gestion publique. De l’autre, un gouvernement qui, texte après texte, s’y refuse.

Encadrer les fonds dits « politiques » n’est pas une idée sortie d’un chapeau parlementaire un mardi après-midi. C’est une promesse. Celle portée depuis toujours par PASTEF-Les Patriotes, celle qui a fait basculer une élection : en finir avec la République des enveloppes, où l’argent public circule sans facture, sans justification, sans redevabilité. Le « Projet » n’a jamais caché son ambition sur ce point. La bonne gouvernance est un chantier institutionnel, une bataille de tous les jours. 

Alors quand les députés de PASTEF-Les Patriotes déposent une proposition de loi, pour soumettre les crédits spéciaux à un contrôle, le parti ne fait qu’honorer un mandat reçu des urnes, une promesse qui date d’ailleurs de plusieurs décennies. Rien de moins.

Le 18 août 2026, le gouvernement a choisi la voie du blocage : saisine du Conseil constitutionnel, au motif que la matière relèverait du seul pouvoir réglementaire, donc de l’Exécutif, et de lui seul. Argument technique, habillage juridique, mais le message politique de l’Exécutif est que la caisse noire est une prérogative qu’il entend garder comme une chasse gardée.

Le texte est retoqué. Un autre parti politique aurait pu s’arrêter là, ranger le dossier, attendre une conjoncture plus favorable. Ce n’est pas le tempérament de cette Assemblée, sous la direction du Président Ousmane Sonko. Réunis le 2 septembre 2026, les députés de PASTEF-Les Patriotes reviennent avec un nouveau texte arrimé à la loi organique relative aux lois de finances. Le message est le même que le premier jour : sur ce sujet, il n’y aura ni round d’observation, ni enterrement de première classe. On légifère, on corrige, on revient. Jub, Jubal, Jubbanti. Redresser, être droit, corriger. Une méthode de gouvernance, pas une formule.

Reste une question à laquelle l’exécutif doit des réponses claires. Comment expliquer que le pouvoir issu de la même dynamique, porté par le même candidat, au nom du même programme, mobilise l’arsenal juridique pour freiner l’encadrement de fonds que le « Projet » promettait justement d’assainir ? Le domaine réglementaire est un argument de procédure ; il ne dispense pas de dire, sur le fond, pourquoi un contrôle renforcé des deniers publics dérangerait un gouvernement qui a fait de la rupture sa raison d’être.

Le même flottement se retrouve sur l’autre grand chantier de transparence de cette législature : la déclaration de patrimoine du Président de la République en fin de mandat. Le texte a été adopté par les députés. Mais son entrée en vigueur est renvoyée à un référendum dont la date reste, à ce jour, inconnue. Une avancée votée, suspendue à un calendrier qui n’existe pas encore. Les citoyens sont en droit de demander : quand ?

Il y a, derrière ce bras de fer, un enjeu plus large que les fonds spéciaux eux-mêmes : celui du rôle du Parlement dans la nouvelle donne institutionnelle. Une Assemblée qui dispose d’une majorité aussi large ne s’honore pas en devenant une chambre d’enregistrement des arbitrages de l’exécutif. Elle s’honore en exerçant, jusqu’au bout, sa fonction de contre-pouvoir.

C’est précisément ce que fait, avec constance, le groupe parlementaire PASTEF-Les Patriotes  sur ces sujets. Ce n’est pas de l’obstruction. C’est la promesse de rupture qui continue de s’écrire, texte après texte, malgré les vétos et les lenteurs. 

La vigilance citoyenne n’est pas une option ; elle est la condition pour que cette bataille législative ne s’éteigne pas dans les couloirs feutrés des navettes institutionnelles. Le nouveau texte sur les fonds spéciaux doit désormais franchir l’étape des commissions puis de la plénière. La déclaration de patrimoine attend toujours sa date de référendum. Sur ces deux dossiers, PASTEF-Les Patriotes  a fait sa part. La vigilance citoyenne doit être de mise. 

Usman Noreyni